Evaluer le plaisir au travail

En tant qu’émotion, le plaisir est une évaluation de ce qui nous est favorable. Une fois donné cette explication générale, il y a un obstacle à faire dire pourquoi ce plaisir jaillit ou disparaît. En effet, si certaines règles semblent évidentes pour « garantir » un minimum de plaisir au travail, le caractère subjectif et mouvant de la notion imposent une approche clinique : des modalités de production de savoir qui naissent de la rencontre avec l’entretenu et dont on ne pourra jamais dire la totalité.

Cette approche clinique révèle notamment que le discours sur le plaisir produit immédiatement des connaissances sur la situation de travail, et sur le rapport du sujet à la situation de travail. Le rapport singulier du sujet au travail est un complexe, un enchevêtrement de facteurs tressés de manière spécifique par chaque professionnel.

Permettre un discours sur le plaisir dans les organisations, c’est permettre un évaluation. Cette évaluation est non seulement précieuse pour le professionnel lui même car la verbalisation lui permet de faire des apprentissages et du changement. Plus spécifiquement, la verbalisation dans le cadre d’un entretien clinique de recherche en sciences humaines lui permet en plus de problématiser son discours (Fabre,M ) : d’en élargir la lecture.

Cette évaluation par le professionnel est également précieuse pour l’organisation. En effet, un des grands obstacles que rencontrent les organisation professionnelles est de mettre en débat les objets de déni. Hors le plaisir permet un discours sur la situation qui redonne sa place au sujet, si celle si n’est pas confisquée par le « pré encodage » des problèmes et des solutions. Cette évaluation, mise en débat dans l’organisation, permet ce travail fondamental dont parle Yves Clot : le débat sur le travail, une discussion sur les manières de faire qui redonne sa légitimité au professionnel.

Mise en circulation et confrontées aux évaluations institutionnelles, budgétaires, juridiques, démarches qualité, ce discours sur le plaisir peut réguler l’organisation, la manière de faire le travail, les relations humaines professionnelles, les postures managériales…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *